Au Mali, la reprise de Kidal «consolide» la Transition

Politique

Au Mali, l’armée et ses partenaires russes de l’Africa Corps ont réinvesti mardi 6 octobre la ville de Kidal, dans le nord du pays, moins de six mois après en avoir été chassés par les indépendantistes du FLA et leurs alliés jihadistes du Jnim, liés à al-Qaïda. Cette victoire de prestige a été acquise sans même avoir à combattre, les groupes armés s’étant retirés avant l’arrivée de l’armée. Elle consacre un rapport de force, conforte les autorités de transition au pouvoir, soulève des interrogations sur le rôle de l’Algérie et crée de nouveaux défis pour Bamako.

Dans un communiqué diffusé mardi soir, le gouvernement de transition salue sobrement la « consolidation » de son dispositif à Kidal – « une perspective favorable au retour progressif de l’administration » et « à une vie normale » – et laisse les discours triomphalistes à ses influenceurs, dans les médias et sur les réseaux sociaux. Une habile manière d’effacer du récit officiel l’humiliante défaite d’avril dernier et le contrôle de la ville par les indépendantistes du FLA et les jihadistes du Jnim, liés à al-Qaïda – qui aura, de fait, duré moins de six mois.

Démonstration de force

Outre leur dispositif à Kidal, ce sont les militaires au pouvoir à Bamako qui sortent « consolidés » de cette séquence, la lutte contre les « groupes terroristes » leur tenant lieu de légitimité en lieu et place d’élections depuis plus de six ans. Le gouvernement de transition précise d’ailleurs que « les opérations en cours s’inscrivent dans le cadre de l’exercice effectif de la souveraineté de l’État ».

Dans un communiqué distinct, l’armée indique « poursuivre » son « offensive d’envergure » dans la région : en toute logique, les soldats maliens et leurs partenaires russes devraient rapidement reprendre Tessalit, qu’ils avaient également désertée en avril dernier. Dans une inversion des rôles presque parfaite, cette fois, ce sont les combattants du FLA et du Jnim qui leur laissent le champ libre.

La reprise de Kidal est donc d’abord une démonstration de force : une fois encore, c’est leur supériorité aérienne qui a offert la victoire à l’armée malienne et à l’Africa Corps russe, qui ont pilonné Kidal – ville et région – pendant des mois, et davantage encore ces derniers jours, obligeant le FLA et le Jnim à se replier sans même tenter de combattre.

 « La main invisible de l’Algérie »

Autre enseignement : le rapprochement Alger-Bamako, depuis cet été, réussit au régime malien. De toute évidence, Alger n’a pas réussi à convaincre Bamako du bien-fondé d’une solution politique et négociée. Certains cadres du FLA décrivent même la perte de Kidal comme une conséquence « indirecte » de ce rapprochement et dénoncent « la main invisible de l’Algérie », « prête à tout pour séduire la junte ». Alger se sentirait menacée par l’influence grandissante au Sahel du clan libyen Haftar, ainsi que du Maroc, et se montrerait plus flexible avec les autorités de Bamako pour rester dans le jeu – en tolérant davantage les frappes de drone à sa frontière, par exemple.

Si l’absence totale de toute velléité d’opposition de la part des groupes armés suscite des interrogations chez de nombreux observateurs, les cadres du FLA interrogés par RFI réfutent toutefois toute consigne ou pression directe de la part d’Alger.

Pour justifier ce « retrait stratégique », le FLA invoque la protection « des rares populations encore présentes » à Kidal, mais aussi la préservation de ses hommes, armements et véhicules. Ses dirigeants insistent également sur le côté « temporaire » de ce retrait et promettent de nouvelles batailles. « Nous suivons notre agenda, pas le leur », martèle un cadre du FLA. « Le retrait a été décidé en concertation avec le Jnim », assure un autre.

Un grand absent : le Jnim

Les jihadistes sont les grands absents de cette séquence : en avril dernier, c’est l’alliance FLA-Jnim qui s’était emparée de Kidal. Cette fois, le Jnim n’a ni combattu, ni même tenté de justifier la perte de Kidal. Un silence – du moins pour le moment – qui contraste avec les communiqués inédits des derniers mois, qui appelaient au renversement de « la junte » au pouvoir à Bamako.

L’armée malienne est donc victorieuse, mais à nouveau confrontée à ce double défi : conserver Kidal, ses ruines et ses rues désertes, tout en restant pleinement mobilisée dans le reste du pays, où la pression demeure constante. Il y a trois semaines, le Jnim a tué plus d’une centaine de soldats maliens à Dioura, région de Mopti, et en a capturé plusieurs dizaines. Ce mercredi matin même, les jihadistes ont revendiqué la prise de contrôle d’un poste militaire dans la région de Ségou.

RFI

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