Projet Eco : pour le gouverneur de la BCRG, la Guinée ne remplacera pas sa monnaie nationale

Economie

C’est un exercice de clarté pédagogique et de pragmatisme économique auquel s’est livré le gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), Dr. Karamo Kaba. Intervenant lors d’un point presse conjointe animé mardi, 11 août 2026 avec la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla. Elle était venue détailler la conclusion d’un accord technique de 425 millions de dollars avec le FMI pour le programme Simandou 2040. Au cours  de cet entretient, le patron de la Banque Centrale a tranché un débat récurrent pour préciser  que la Guinée ne remplacera pas le Franc guinéen par l’Eco.

Alignée sur la vision du Président de la République, Mamadi Doumbouya, la décision de maintenir la monnaie nationale repose sur une analyse froide des réalités sous-régionales.

Si l’échéance de 2027 reste officiellement mise en avant par la CEDEAO pour le lancement de l’Eco, le processus pâtit d’un déficit chronique de volonté politique et d’une incapacité collective à satisfaire les critères de convergence sont obligatoires.
À ce jour, sur les quinze pays membres de la zone, seul le Bénin respecte l’intégralité des exigences requises. La Guinée, quant à elle, affiche des performances macroéconomiques solides en validant trois des quatre critères de premier rang (contrôle de l’inflation, niveau des réserves de change et maîtrise du financement du déficit par la banque centrale). Toutefois, elle doit encore résorber son déficit public global. Lancer une monnaie unique dans un contexte d’hétérogénéité économique aussi marqué reviendrait à bâtir un édifice financier sur des fondations d’argile.

L’un des arguments majeurs développés par Dr. Karamo Kaba réside dans l’architecture institutionnelle même de la future union monétaire. Une zone monétaire intégrée ne peut pérennement fonctionner sans mécanismes de solidarité budgétaire, c’est-à-dire un système structuré de transferts financiers permettant aux pays en excédent de soutenir ceux frappés par des chocs conjoncturels.
Or, la CEDEAO ne dispose d’aucun dispositif de cette nature. Faute de ce garde-fou indispensable, la sous-région s’exposerait à de violentes crises systémiques en cas de turbulences économiques.

Au-delà des aspects théoriques, la répartition du pouvoir au sein de la future Banque Centrale Fédérale scelle définitivement le diagnostic. Selon les règles de gouvernance pressenties, le capital social et les droits de vote seraient attribués en fonction de trois indicateurs à savoir : la population, le Produit Intérieur Brut (PIB) et les réserves de change.
L’arithmétique régionale parle d’elle-même. Car, le Nigeria qui compte 240 millions d’habitants sur les 460 millions que recense la CEDEAO (plus de 50 %) a une économie qui représente à elle seule près de 63 % du PIB régional, et detient les réserves de change d’environ 50 milliards de dollars sur un total régional de 110 milliards.
Avec de telles proportions, la pondération institutionnelle octroierait plus de 60 % des leviers de décision au seul Nigeria, quand la voix de la Guinée pèserait à peine plus de 5 % : « Abandonner une souveraineté monétaire totale pour une représentativité de 5 % dans une instance décisionnelle étrangère ne répond aucunement aux intérêts stratégiques majeurs de notre nation », a dit le gouverneur de la BCRG.

En conservant le Franc guinéen dit-il, le pays préserve l’intégralité de sa marge de manœuvre monétaire un levier essentiel pour orienter l’investissement, ajuster les taux d’intérêt et accompagner les projets structurants du pays, à commencer par le mégaprojet minier Simandou.

Pour autant, Conakry ne ferme pas la porte au dialogue avec ses partenaires régionaux, dira le gouverneur de la BCRG. La Guinée préconise une réorientation des travaux de la CEDEAO vers la création d’une monnaie commune d’échange et de règlement international.

Pour Dr. Karamo, une telle solution permettrait de fluidifier le commerce transfrontalier sans contraindre les États membres à renoncer à leur souveraineté économique nationale.

Sékouba Kourouma

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