L’officialisation de la candidature du Président de la République, le Général d’Armée Mamadi Doumbouya à la prochaine élection présidentielle, embrase la capitale guinéenne. Entre un plébiscite populaire magnifiant une ère de discipline et de développement, et de vives inquiétudes quant au respect des engagements démocratiques, la Guinée se trouve à un nouveau carrefour politique. Notre micro-trottoir révèle la complexité de l’équation guinéenne.
Dans les quartiers animés de Conakry, les partisans du Général Doumbouya ne cachent pas leur satisfaction. Pour eux, cette candidature est non seulement légitime, mais vitale pour consolider la refondation de l’État après des années de corruption endémique et de laxisme.
La porte-parole du marché Avaria, M’Balia Camara communément appelée « La Gazelle » exprime avec ferveur un sentiment largement partagé : « On ne l’a pas aimé parce qu’il s’appelle Général Mamadi Doumbouya, mais plutôt à travers les jalons qu’il est en train de poser qui contribuent efficacement au développement de la Guinée. L’homme du 5 septembre n’a fait qu’écouter son peuple qui a sollicité sa candidature afin de hisser haut le drapeau guinéen » a-t-elle dit.
Cette vision est appuyée par Mohamed Sylla, un citoyen, qui salue une rupture salutaire, car, pour lui : « Le Général est synonyme d’ordre, de discipline et d’excellence au service du peuple. Les réalisations concrètes comme la construction de routes, d’hôpitaux et d’écoles sont citées comme preuves de son engagement. Également, l’avancée du méga-projet Simandou 2040 est perçue comme le catalyseur d’une ère de prospérité et de souveraineté économique inédite ».
Pour ces guinéens, seul ce leadership fort et résolu est capable de mettre fin à la confiscation du pays par une minorité et de restaurer la dignité nationale.
De l’autre côté du spectre, les critiques sont acerbes. Les militants de l’opposition et observateurs avertis dénoncent une trahison de la parole donnée et une dérive autoritaire.
Au cœur de la controverse, l’engagement initial du président de la transition de ne pas se présenter aux élections cristallise l’inquiétude. Des citoyens, préférant l’anonymat pour s’exprimer librement, déplorent : « Il aurait dû rendre le pouvoir aux civils, aller se former, puis revenir pour la conquête du pouvoir. Avec les jalons qu’il a déjà posés, j’en suis sûr et certain qu’il allait encore reprendre le pouvoir de manière démocratique » ont-ils dit.
Pour ces détracteurs, le maintien du Général au sommet de l’État constitue une confiscation du pouvoir, jetant un doute sérieux sur la sincérité du processus de transition vers l’ordre constitutionnel.
Pour eux, la candidature du Général Doumbouya met en lumière le dilemme complexe de la Guinée. D’un côté, il incarne pour une grande partie de la population l’homme capable d’imposer un changement radical et de mener à bien des projets structurants. De l’autre, elle est fermement dénoncée par ses opposants comme une entrave démocratique qui affaiblit l’espace des libertés publiques et la crédibilité du processus électoral.
L’élection présidentielle à venir ne sera pas seulement un vote pour un candidat, mais un référendum sur la nature du leadership que la Guinée souhaite pour son avenir notamment la stabilité et la rupture par l’homme fort, ou le respect des institutions et l’alternance pacifique. L’équation guinéenne reste entière.
Il est à rappeler que le Général d’Armée Mamadi Doumbouya a officialisé sa candidature le lundi, 3 novembre dernier à la Cour Suprême de Conakry.
Sékouba Kourouma
