Nicolas Sarkozy est arrivé ce mardi vers 9h30 locale à la prison de la Santé. L’ancien chef de l’Etat français doit purger une peine de cinq ans d’emprisonnement, après avoir été jugé coupable, en septembre dernier, d’association de malfaiteurs dans l’affaire dite du financement libyen de sa campagne présidentielle victorieuse en 2007. Bien qu’il ait fait appel de sa condamnation, Nicolas Sarkozy va être incarcéré, sa peine ayant été assortie d’une exécution provisoire.
Au pouvoir de 2007 à 2012, Nicolas Sarkozy, 70 ans, devient le premier ancien locataire de l’Elysée à être placé en détention depuis Philippe Pétain, emprisonné après la Seconde Guerre mondiale pour avoir collaboré avec les nazis. « Je n’ai pas peur de la prison », a dit Nicolas Sarkozy dans un entretien à « La Tribune Dimanche », en amont de son incarcération. « Je garderai la tête haute, y compris devant les portes de la Santé. »
En quittant son domicile, Nicolas Sarkozy assure que « la vérité triomphera »
L’ancien président de la République française a quitté son domicile à 9h10, accompagné de sa femme, Carla Bruni-Sarkozy. Les deux époux, se tenant par la main ont gagné la voiture qui devait le conduire à la prison en saluant les nombreux sympathisants présents aux abords de son domicile. L’ancien président de la République française a déposé une demande de mise en liberté, par l’intermédiaire de ses avocats, immédiatement après son incarcération, selon son conseil, Christophe Ingrain.
Dans le communiqué publié au moment de son départ pour la prison de la Santé, Nicolas Sarkozy assure que « la vérité triomphera », dénonçant « l’expression d’une vengeance qui a porté la haine à un niveau inégalé ». « La vérité triomphera, mais que le prix à payer aura été écrasant… »
Financements libyens
Le Parquet national financier (PNF) avait requis, en mars dernier, sept ans de prison et cinq ans d’inéligibilité à l’encontre de Nicolas Sarkozy, mis en examen en 2018 pour des soupçons sur des fonds qu’il aurait reçus de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi pour financer sa campagne lors de l’élection présidentielle de 2007. Il a été relaxé le mois dernier des accusations de recel de détournement de fonds publics, de corruption passive et d’infractions au Code électoral.
L’ancien chef de file de l’UMP (Union pour un mouvement populaire, devenu par la suite le parti Les Républicains) nie toute inconduite et a dénoncé un « complot » aux motivations politiques, reprochant aux juges de vouloir l’humilier.
L’ex-locataire de l’Elysée avait déjà été condamné en 2023 dans une affaire distincte de corruption – une condamnation confirmée par la Cour de cassation en décembre dernier -, celle dite des « écoutes ». Reconnu coupable de corruption active sur magistrat et trafic d’influence active sur personne dépositaire de l’autorité publique, il avait été condamné à un an d’emprisonnement ferme sous bracelet électronique.
Trois livres et dix photos dans le sac
A la prison de la Santé, située dans le 14e arrondissement de Paris et qui a hébergé de nombreux détenus notoires tels qu’Alfred Dreyfus, Maurice Papon ou encore Jacques Mesrine, il est vraisemblable que Nicolas Sarkozy soit placé dans le quartier réservé aux « personnes vulnérables », où il sera seul dans sa cellule afin de garantir sa sécurité.
Si l’heure de son arrivée à la prison n’est pas connue, il y est attendu en milieu de matinée. Ses conditions de détention seront similaires au reste de la prison : les cellules mesurent entre 9 et 12 mètres carrés et, depuis que des rénovations ont été effectuées, elles disposent désormais de douches privées. Nicolas Sarkozy aura accès à une télévision – pour un tarif mensuel de 14 euros – et à un téléphone fixe surveillé. Il pourra recevoir jusqu’à trois visites hebdomadaires (de 45 minutes) en dehors des rencontres avec ses avocats.
Selon « Le Parisien », l’ancien chef de l’Etat va pouvoir prendre avec lui dix photos personnelles et trois livres, comme le permet le règlement pénitentiaire, pour sa première semaine de détention. Il a choisi d’emmener les tomes I et II du roman d’Alexandre Dumas, « Le Comte de Monte-Cristo », qui raconte l’histoire d’un homme injustement emprisonné qui prépare une vengeance contre ceux l’ayant trahi. Il a aussi prévu d’amener avec lui dans sa cellule la biographie de Jésus par Jean-Christian Petitfils.
La décision de placer Nicolas Sarkozy en prison a provoqué l’indignation dans les rangs de la droite et de l’extrême droite. Emmanuel Macron, qui entretient des liens chaleureux avec Nicolas Sarkozy et l’épouse de celui-ci, Carla Bruni, a déclaré lundi avoir rencontré l’ancien locataire de l’Elysée en amont de son incarcération.
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a également promis lundi d’aller le voir à la prison de la Santé. Une promesse qui a été vivement critiquée ce mardi par Rémy Heitz, le procureur général près la Cour de cassation. Sur Franceinfo, le plus haut procureur de France a en effet estimé ce mardi que cette visite pourrait porter « atteinte à l’indépendance des magistrats » et poserait un « risque d’obstacle à la sérénité » avant les prochaines échéances judiciaires.
Une critique qui a rapidement fait réagir Gérald Darmanin. « S’assurer de la sécurité d’un ancien président de la République en prison, fait sans précédent, n’atteint en rien à l’indépendance des magistrats mais relève du devoir de vigilance du chef d’administration que je suis, responsable devant le Parlement selon l’article 20 de la Constitution », a écrit le garde des Sceaux sur X (ex-Twitter).
C G
