Alors que le gouvernement a décidé de décaler les célébrations officielles de la Journée internationale du travail, la réponse des centrales syndicales laisse transparaître une nouvelle fois les frictions qui minent les défenseurs de la classe ouvrière.
La fête du Travail 2026 ne ressemblera à aucune autre en Guinée. Si la journée du vendredi 1er mai demeure « fériée, chômée et payée », le volet festif et revendicatif, lui, est suspendu. Le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Protection Sociale a annoncé le report des festivités à une date ultérieure, invoquant un besoin de « mieux coordonner l’organisation » avec les partenaires sociaux pour « éviter les divergences ». Mais loin d’apaiser le climat, cette décision révèle des tensions internes qui minent les structures syndicales du pays.
Le SNE crie à la violation des conventions internationales
Pour le Syndicat National de l’Éducation (SNE), le gouvernement n’est pas dans son rôle. Son secrétaire général, Pépé Michel Balamou, voit dans ce report une manœuvre visant à brider l’action syndicale. S’appuyant sur les textes fondamentaux de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), il dénonce une atteinte contre l’autonomie des travailleurs.
« Ce communiqué rame à contre-courant de la Convention 87 de l’Organisation Internationale du Travail sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, conclue à San Francisco le 9 juillet 1948. Celle-ci stipule en son article 3 : « Les organisations de travailleurs et d’employeurs ont le droit d’élaborer leurs statuts et règlements administratifs, d’élire librement leurs représentants, d’organiser leur gestion et leurs activités, et de formuler leur programme d’action. Les autorités publiques doivent s’abstenir de toute intervention de nature à limiter ce droit ou à en entraver l’exercice légal. » », a-t-il rappelé.
Pour M. Balamou, l’argument des « divergences » entre syndicats utilisé par le ministère ne convaint pas. Selon lui, la pluralité d’expression fait partie de l’ADN syndical et ne devrait en aucun cas justifier un report forcé :
« Les divergences dans l’animation de la vie syndicale sont inhérentes à ces organisations et ne donnent aucun droit au Gouvernement de s’immiscer, tant que ces désaccords ne portent pas atteinte à l’ordre public. Au Sénégal, en France ou en Côte d’Ivoire, les syndicats célèbrent le 1er mai en des lieux différents et sous des formes variées. Pourquoi en serait-il autrement en Guinée ? Le ministère devrait reconsidérer sa position au risque de pousser le mouvement syndical à se radicaliser. »
L’USTG joue la carte de la tempérance et de la « paix sociale »
À l’opposé de cette ligne de front, l’Union Syndicale des Travailleurs de Guinée (USTG) a choisi une approche radicalement différente. Alors qu’elle avait déjà planifié ses propres rassemblements au stade de Coléah, la centrale a décidé de ranger ses drapeaux et de se plier aux injonctions du département de tutelle.
L’heure n’est pas à la contestation du calendrier, mais à l’attentisme discipliné, comme l’indique la direction de la centrale dans une posture de conciliation :
« L’Union Syndicale des Travailleurs de Guinée (USTG), soucieuse de la préservation de la paix sociale et de la quiétude nationale, prend acte du communiqué. En conséquence, l’USTG invite l’ensemble des membres de son Bureau Exécutif National, ses structures affiliées, ainsi que toutes les travailleuses et tous les travailleurs de Guinée, à demeurer mobilisés, vigilants et prêts à se rassembler massivement afin de marquer avec force et responsabilité cette importante journée, dès que les autorités gouvernementales auront officiellement fixé la nouvelle date. »
Cette dualité de réactions pose la question de l’unité d’action du mouvement social en Guinée. D’un côté, une frange qui refuse que l’État dicte l’agenda social, de l’autre, une organisation qui privilégie le dialogue et le respect de l’autorité pour éviter tout débordement.
Sékou Camara
